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Fin.
22h00. Sur la natte, dans le noir, Faratiana fixe le plafond de tôle. À côté d’elle, sa petite sœur dort, un bras passé autour de son cou. Son petit frère ronfle doucement. Sa mère aussi dort, épuisée par cette vie qui ne mène nulle part.
Faratiana pense à cette institutrice qu’elle avait en CE2. Madame Hanta. Elle lui disait qu’elle était intelligente, qu’elle pourrait devenir quelqu’un. Elle se demande ce qu’elle dirait si elle la voyait maintenant. Peut-être qu’elle ne dirait rien. Peut-être qu’elle détournerait le regard, comme tout le monde.
Dehors, papa rentre en trébuchant. Il s’effondre dans un coin de la case. L’odeur d’alcool envahit l’espace. Demain, il aura la gueule de bois. Il criera. Il demandera de l’argent pour boire à nouveau. Et le cycle recommencera.
Faratiana ferme les yeux. Elle a 16 ans. Dans sa tête, elle refait le calcul. 20 000 ariary minimum par jour. Sept jours par semaine. C’est le prix pour que sa famille survive. C’est le prix pour que son petit frère et sa petite sœur mangent. C’est le prix pour que papa n’explose pas tout.
Elle est fatiguée. Pas du corps. Le corps, elle a appris à le dissocier, à faire comme s’il n’était pas à elle. Non, c’est l’âme qui est fatiguée. Cette petite flamme qui était là quand elle avait 10 ans et qu’elle rêvait d’apprendre, de devenir, de vivre. Cette flamme qui s’éteint un peu plus chaque jour.
Faratiana n’est qu’un nom parmi des milliers d’autres. À Antananarivo, à Madagascar, dans le monde. Des gamines qui paient le prix de la pauvreté, de l’indifférence, de l’échec collectif. Elles ont des prénoms différents, des visages différents, mais la même histoire. Celle d’une enfance volée. Celle d’un État absent. Celle d’une société qui préfère regarder ailleurs.
Demain, Faratiana se réveillera à 5h30. Et tout recommencera.
Les Faratiana de 67ha existent. Par milliers. Pendant que vous lisez ces lignes, l’une d’elles compte les billets froissés qui vont nourrir sa famille ce soir. Quel État laisse ses enfants se vendre pour survivre ? Quelle société accepte en silence ?
Ainsi va Mada. Pour nous qui avons la chance de vivre en France, on n’y est pas si mal que ça, avouez...