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mardi 20 janvier 2026
Antananarivo | 08h31
 

Politique

103 poids plume

lundi 19 janvier | Ndimby A., Patrick A. |  1576 visites  | 32 commentaires 

Lors d’« Assises des Partis Politiques » pour la Refondation, 103 partis ont signé un Accord politique dans le but de réorienter le processus censé servir de base à la transition. Il sera porté par les signataires comme contribution à la future Concertation nationale. Ledit accord préconise, entre autres, la dissolution des institutions, ainsi que la création d’une Haute autorité de la refondation qui aurait pour objectif d’élargir le pouvoir à 12 civils, au-delà des cinq militaires déjà en place.

A priori, le mouvement pourrait être méritoire. Les premiers mois sont loin d’autoriser un optimisme béat, et malgré la propagande officielle et celle des mpisolelaka, les exemples inquiétants s’accumulent aussi bien dans le domaine de la démocratie que de l’État de Droit. L’Accord politique partirait donc d’un bon sentiment : replacer les partis politiques dans le jeu politique, mettre des balises au processus de transition, tenter un retour vers les valeurs démocratiques et les principes de bonne gouvernance afin de limiter les dérapages et incertitudes, etc.

Toutefois, de nombreuses questions se posent, car la crédibilité du message dépend de celle du messager.

Dans un « Accord politique » censé refléter le point de vue des partis politiques, où sont les partis majeurs qui ont une représentation nationale réelle ? Le fait d’avoir été un parti dirigeant, la présence de députés sous leurs couleurs à l’Assemblée nationale, ou une audience honorable à une présidentielle récente consacre l’importance des partis. On constate pourtant l’absence parmi les 103 signataires de l’IRD/IRMAR, du TIM, du MMM, de l’AVI, ou de FIVOY etc. Sur le papier, le nombre 103 semble être impressionnant, mais en réalité c’est plutôt un rassemblement de groupuscules.

Particules

Outre leur envergure politique qui pose déjà question sur le plan quantitatif, il y a également des interrogations qualitatives. Il y a en effet des critères universellement reconnus pour juger du sérieux d’un parti politique : organiser régulièrement un congrès, présenter des candidats aux élections, avoir des élus, présenter un projet de société etc. A-t-on 103 projets de société qui correspondent à ces 103 signatures ? Il faudrait un jour que les Malgaches mûrissent et accordent aux politiciens et aux partis politiques l’importance qui correspond à leur poids électoral. Combien de personnalités se prétendant actuellement de premier plan ont eu des résultats minables aux présidentielles auxquelles elles se sont portées candidats ? C’est donc le défaut majeur du système politique, qui favorise des « grandes gueules » ayant une assise politique insignifiante.

Les premiers mois qui ont suivi la chute d’Andry Rajoelina montrent l’émergence d’un clan au pouvoir, dont de nombreux aspects rappellent ceux du clan Rajoelina. Ce clan repose sur une alliance entre quelques militaires, quelques politiciens et quelques « opérateurs économiques », et qui a réussi à créer une bulle de pouvoir aux mains de non-élus, en écartant des leviers opérationnels les partis politiques et la Gen-Z, qui a pourtant été à l’origine de la chute de Rajoelina. Certaines actions cosmétiques ont eu lieu pour donner à celle-ci l’impression qu’elle est prise en compte, en nommant quelques-uns de ses visages les plus connus à des postes qui ne prêtent pas à conséquence, comme le jeune Mikolo récemment catapulté conseiller technique du Premier ministre.

L’Accord politique est donc une tentative de retour en zone des laissés sur le côté après la prise du pouvoir par le Capsat. La montée en puissance de quelques personnalités politiques, parfois fraîchement sorties de prison ou de retour d’exil, ne signifie pas que le jeu politique est aux mains des partis, dont c’est pourtant la vocation. Se demander si cet Accord politique a une chance de recevoir une suite favorable de la part de ceux actuellement au pouvoir, c’est se demander si ceux-ci sont désireux de partager leur part de gâteau. Ceux qui espèrent qu’il en soit ainsi ont une connaissance approximative des mœurs politiques locales. « Izahay izao no au pouvoir » avait-on entendu il y a quelques années. Les personnes ont changé, mais pas la mentalité.

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32 commentaires

Vos commentaires

  • 19 janvier à 09:17 | Vohitra (#7654)

    Les partis politiques TIM, HVM, MMM...entre autres sont représentés actuellement au sein du gouvernement...

    Ainsi, s’il y a un éventuel échec dans la réalisation du projet de Refondation de la République, ces partis politiques seraient collectivement responsables de l’echec et des écueils du régime transitoire intérimaire...

    A priori, une Assemblée Nationale est une institution politique, et ses membres sont pour la plupart des politiciens...mais dans le contexte actuel, qui peut citer le nom et les activités voire le projet de societé du parti politique du président de l’Assemblée Nationale ?

    En 2023, l’actuel président de l’Assemblée Nationale était candidat à l’élection présidentielle, soutenu et présenté par le parti politique PSD dirigée par Eliana Bezaza...et plus tard, élu député sous la bannière de la coalition d’opposition Firaisankina...

    Mais si on applique le principe de représentation politique dans les 24 Régions pour définir un parti politique, combien il reste dans le tas ? Est-ce que le parti politique de Gasikara Fenosoa est représenté dans la Région du Melaky par exemple ?

    Pour dire finalement qu’à Madagasikara, la création de parti politique se fait par rapport à l’humeur de son fondateur vis à vis du régime au pouvoir, selon la capacité d’agitation de l’étendard ethnique, selon l’appétence pour un financement existant et disponible, selon l’aptitude à la servitude volontaire (La Boétie)... selon l’égo surdimensionné du fondateur.

    De plus, le parti politique fait généralement partie des patrimoines de la famille de son fondateur...et les autres membres ne sont que des potentiels affidés...

    Bref, ils sont tous identiques pour la plupart, l’objectif essentiel, c’est la chasse aux biens publics et aux finances publiques pour développer le parti...et enrichir le fondateur et sa famille...

    Entre malfrats qui se respectent, les 103 ont eu le courage et la volonté de rappeler à qui de droit la manière tacite et pratique dans le milieu...le renouveau ou "fanavaozana" entre les gueux qui se connaissent entre eux...

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  • 19 janvier à 10:19 | Isandra (#7070)

    "Le président Cyril Ramaphosa reçoit un compte rendu de Madagascar
    16 janvier 2026
    Le président Cyril Ramaphosa a reçu le colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar, pour une réunion d’information à Mahlamba Ndlopfu, la résidence officielle à Pretoria.

    Le colonel Randrianirina a informé le président Ramaphosa des mesures prises en vue d’un processus de transition pacifique, qui comprend un dialogue national entre tous les habitants de Madagascar.

    Le président Ramaphosa a salué cette réunion d’information et, conformément à la décision de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a saisi l’occasion pour réaffirmer la nécessité de soutenir la transition de Madagascar vers une démocratie constitutionnelle par un dialogue national inclusif qui aboutira à des élections dès que possible.

    À cet égard, le président Ramaphosa a réaffirmé la décision de la SADC de déployer le Panel des Sages "

    Répondre

    • 19 janvier à 10:22 | Isandra (#7070) répond à Isandra

      "Nous exhortons le gouvernement de transition d’initier un dialogue national inclusive malgache conduit par les autorités malgaches durant la période de transition, afin que cela puisse frayer le chemin vers des élections et faciliter le retour pacifique des exilés politiques afin qu’ils puissent également participer”

      Cyril Ramaphosa, Président de la République – Afrique du sud

    • 19 janvier à 15:14 | bekily (#9403) répond à Isandra

      Le retour des exilés politiques n’est concevable que dans la mesure où TOUTES LEURS DERIVES D’ORDRE CORRECTIONNEL
      ( spoliation, corruption, detournement de fond public, enrichissement sans cause)
      NE SOIENT D’ABORD TRAITÉES PAR LA JUSTICE !
      Ils sont justiciables comme tout citoyen !

      UN DELINQUANT ne peut tout se permettre, drapé dans une toge de pseudo personnalité politique !

      CE SERAIT UNF INSULTE AU PEUPLE QU’ILS ONT REDUIT A LA MISERE PROFONDE !
      De plus :
      — que vaut les paroles ou recommandations d’un chef d’Etat sud africain LUI MÊME HYPER CORROMPU ????

    • 19 janvier à 15:39 | RATOVO (#10503) répond à Isandra

      Mais elle rêve cette folle ISANDRA NANDRA ! Il n’y aura de concertation nationale inclusive avec les RATS volomboasary !

    • 19 janvier à 18:07 | Isandra (#7070) répond à Isandra

      Ratovo,

      Ce n’est pas nous qui l’exigeons, mais, c’est la SADC, nous sommes prêt à patienter et guetter pour une nouvelle occasion,...!

    • 20 janvier à 01:22 | Maestro (#7313) répond à Isandra

      @ Isandra

      Le Colonel s’y est rendu afin que Mcar puisse integrer le Groupement BRICS ou on m’aurait menti ?

      En tout cas ce fut long et éprouvant mais deux " Ordures " de plus en Prison. Pas de Pitié pas d’Etats d’ame et tapez Fort les Gens.

      Le bien mal acquis ne Profite Jamais ! Next one.

      Make Mcar Great Now.

  • 19 janvier à 11:53 | rendre visible l’incision le (#11616)

    Aslm alkm
    Quid des règles de jeu et de l’organisation du pouvoir dans une communauté ? La réponse à cette question permet de définir cette communauté : Association sportive, culturelle, etc.., société, collectivité territoriale locale, régionale, nationale, etc... Qu’est qu’on met en place pour l’immédiat, le CT, le MT et le LT voire la génération future. Donc pas besoin d’être PSG-OM-Bayern, etc pour définir les règles de la FIFA, etc... C’est la vision plus loin que le bout de son nez qui compte.

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  • 19 janvier à 12:50 | rendre visible l’incision le (#11616)

    Pour une association, on exige le dépôt de statut pour être légal. Pour un pays c’est la constitution votée par la population. Tout cela pour éviter l’abus et l’usurpation du pouvoir et de brader un titre honorifique : il y a 05 colonels et pour quoi lui seul se prétend président et pas 04 autres. Quels sont les critères à l’origine de cette distinction ou de différenciation ?

    Répondre

    • 20 janvier à 01:25 | Maestro (#7313) répond à rendre visible l'incision le

      @ Cutter Man

      il y a 05 colonels et pour quoi lui seul se prétend président et pas 04 autres

      Si tu es un peu intelligent tu devrait trouver la reponse facilement. Je te donne une piste , Cadenas à code.

  • 19 janvier à 14:26 | citoyendumonde (#4292)

    103 Poids Plume ou 103 Kamo Be Tenda ?
    Toutes les institutions de notre pays sont discutables quant à leur légitimité mais pourquoi on en est là maintenant ?
    Il faut remonter loin sur l’histoire des républiques de Madagascar.
    La première république était dirigée par la France. Le Président Tsiranana s’appuyait beaucoup sur les Français. Les Français de l’époque pensait y rester éternellement et on commençait à avoir des infrastructures dignes de l’époque. Les Reunionais venaient se soigner chez nous, les mauriciens émigraient chez nous, les comoriens occupaient le travail que nous ne voulions pas faire. Comme partis d’opposition il y en avait deux : le Monima nationaliste, l’AKFM allié de Moscou. Le Malagasy était comme un bébé que sa renimalala couvait.
    Puis Tsiranana après son problème de santé commençait à délirer, au sein du PSD, Resampa nouait des relations avec les États Unis et Israël ( NASA et voasarin’ny bezezika c’était lui)
    Les Français ont enlevé Tsiranana et mis Ramanantsoa. On a créé le CNPD, et les divisions internes se sont terminées par l’assassinat de Ratsimandravava.
    Puis Ratsiraka arrive avec son livre rouge et ses idéaux marxistes. Les relations avec les pays de l’Est s’étaient développés mais l’économie était à genoux. Seuls les partis membres du Front National pour la Défense de la Révolution pouvaient exercer en politique. Puis il y a eu le discours de la baule, les conférences nationales dans beaucoup de pays d’Afrique. Les partis politiques foisonnent.
    Après la deuxième république, créer un parti politique devient un jeu d’enfant. Les partis politiques sont majoritairement financés par leurs créateurs et non les adhérents, ils deviennent propriétés individuelles : Tim, MMM, Pro Siteny, ARB, TGV etc… Parallèlement les membres ne veulent pays cotiser pour faire fonctionner leurs partis.
    Pour moi il n’y a plus de partis politiques valables pour diriger le pays à Madagascar mais des entreprises individuelles qui cherchent à faire des profits. La faute revient aux chefs de partis mais à nous qui ne voulons pas financer le fonctionnement des partis. Si les membres mettent leur main dans leur poche, ils deviendront propriétaires et décideront des orientations de leurs partis.

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  • 19 janvier à 15:13 | rendre visible l’incision le (#11616)

    @citoyendumonde votre honneur, cette histoire ne justifie pas la dérive actuelle, le refus de tirer les leçons du passé voire de l’ignorer en même temps que le contexte national actuel voire la réalité du pays. S’habiller en 4 épingle tout en étant sale ne fait plus honte : prétendre détenir le pouvoir sans légitimité et sans légalité.

    Répondre

  • 19 janvier à 15:14 | Turping (#1235)

    Un homme averti en vaut deux .......
     Est-ce que 103 partis poids cherchent t’ils réellement un accord politique pour sortir de la crise dans laquelle le retard au niveau du développement réel et inclusif permettant de débattre sur les projets et programmes sociétaux font défaut ?

    Répondre

    • 19 janvier à 15:59 | Turping (#1235) répond à Turping

      103 poids plume

  • 19 janvier à 15:18 | rendre visible l’incision le (#11616)

    Les jurisprudences sur la prise du pouvoir après un coup d’État sont ignorées.

    Répondre

  • 19 janvier à 15:53 | zanadralambo (#7305)

    Le grattoir, sur facebook.
    24H AVEC FARA
    Faratiana, 16 ans : Une journée à 67ha
    5h30. Le jour se lève à peine sur 67ha, ce quartier d’Antananarivo où même les rats hésitent à traîner. Faratiana ouvre les yeux. Autour d’elle sur la natte, trois corps endormis : sa mère, son petit frère de 9 ans, sa sœur de 12. Papa n’est pas rentré cette nuit. Tant mieux.
    Elle se lève sans bruit. Dans la case de tôle et de planches, il fait déjà chaud. L’odeur de sueur mêlée à celle du canal d’égouts qui coule à vingt mètres. C’est l’odeur de sa vie. Elle ne la sent même plus.
    Sur le bras de sa petite sœur, un bleu violet. Avant-hier. Papa était rentré et elle n’avait ramené que 8000 ariary. Pas assez pour sa bouteille de toaka. Alors il a frappé. D’abord maman. Puis les petits. Faratiana avait voulu s’interposer. Elle a pris aussi. Mais moins que les autres. Parce qu’elle, elle est "l’investissement". Celle qui rapporte. On ne casse pas la poule aux œufs d’or.
    Elle sort dans la ruelle. Quelques voisines sont déjà debout, préparent le feu pour faire chauffer l’eau. Elles ne la regardent pas. Tout le monde sait. Tout le monde se tait. À 67ha, chacun sa merde. Tant que tu ne voles pas chez le voisin, personne ne dit rien.
    7h00. Elle revient à la case. Sa mère est réveillée, assise sur la natte, le regard vide. Faratiana connaît ce regard. C’est celui des jours où il faut "travailler". Sa mère ne dit rien. Elle n’a pas besoin de parler. Le message passe dans le silence : "Aujourd’hui, tu ramènes. Papa va rentrer ce soir."
    Son petit frère se réveille, demande s’il y a du riz. Il n’y en a pas. Il y en aura ce soir. Si Faratiana fait ce qu’elle doit faire.
    Elle se lave comme elle peut avec un seau d’eau. Elle se peigne. Elle met son plus beau t-shirt, celui qu’elle garde précieusement. Elle se regarde dans le bout de miroir cassé accroché au mur. Elle est jolie. Elle le sait. C’est sa malédiction et son salut.
    9h00. Dans la ruelle, elle retrouve Soa et Nadia. Même âge, même histoire. Elles ne parlent pas de ce qu’elles vont faire. Elles parlent de musiques, de séries télévisées qu’elles ont vues chez des clients qui avaient une télé. Elles rient. Des rires d’adolescentes qui voudraient juste être des adolescentes.
    "Tu crois qu’un jour on partira d’ici ?" demande Soa.
    Faratiana ne répond pas. Elle a arrêté de croire à ça il y a deux ans. Deux ans, c’est le temps qu’il lui a fallu pour comprendre que l’école, c’était fini. Que ses rêves de devenir institutrice, c’était des conneries de gosse. Qu’à 67ha, on ne part pas. On survit.
    10h30. Le premier client. Un type du quartier, la quarantaine, qui travaille comme manœuvre quand il trouve. Il a 5000 ariary. Elle négocie. Il monte à 7000. Ça se passe vite, dans une case abandonnée que tout le monde connaît. Il ne la regarde pas dans les yeux. Elle non plus.
    Elle n’a pas mangé. Elle a juste bu de l’eau à une borne-fontaine. La faim, elle connaît. C’est une vieille amie. Ça creuse le ventre mais ça passe. Ce qui ne passe pas, c’est le regard de son petit frère ce matin. Ce regard qui disait : "J’ai faim."
    11h30. Deuxième client. Un jeune, vingt-cinq ans peut-être, qui travaille dans un atelier de mécanique. Il a 7000 ariary. Elle ne négocie pas. Même tarif, même case abandonnée, même routine mécanique. Elle compte mentalement. 14 000. Ce n’est pas encore assez.

    Répondre

    • 19 janvier à 15:54 | zanadralambo (#7305) répond à zanadralambo

      Suite
      14h00. Troisième client. Un vazaha, la cinquantaine, l’air perdu. Un de ces Blancs qui ont raté leur vie en France et qui pensent qu’à Madagascar ça sera mieux. Ça ne l’est pas. Il est juste au fond du trou dans un pays étranger au lieu d’être au fond du trou chez lui. Il paye mieux. 10 000 ariary. Il essaie de parler, de raconter sa vie. Elle fait semblant d’écouter. Elle compte mentalement. 24 000. C’est bon. La famille mangera ce soir.
      16h00. Elle rentre. Sa mère est là, qui attend. Faratiana sort les billets froissés de sa poche. Sa mère les prend sans un mot, sans un regard. Pas de merci. Pas de "pardon". Pas de "je suis désolée que tu doives faire ça". Rien. Juste le geste mécanique de celle qui prend ce qui lui est dû.
      Faratiana s’assoit sur la natte. Son petit frère vient se blottir contre elle. Il ne sait pas encore vraiment ce qu’elle fait. Ou peut-être qu’il le sait et qu’il fait semblant de ne pas savoir. Elle lui caresse les cheveux. Elle lui chante une comptine qu’elle avait apprise à l’école, avant.
      18h00. Sa mère a acheté du riz, un peu de brèdes, des os pour faire du bouillon. Un festin pour 67ha. Papa n’est pas encore rentré. C’est le moment de grâce. Celui où la case ressemble presque à une vraie maison, avec une vraie famille qui mange ensemble.
      Faratiana regarde sa petite sœur manger. Elle a 12 ans. Dans deux ans, elle aura 14. L’âge où Faratiana a commencé. Est-ce que maman la poussera aussi ? Est-ce que le cycle continuera ? Elle préfère ne pas y penser.
      20h00. Papa rentre. Il a l’argent dans la poche. Il voit le riz, le bouillon. Il ne dit rien. Il prend une partie de l’argent qui reste et ressort. Direction le débit de toaka du coin. Dans deux heures, il sera bourré. Dans trois heures, il rentrera en titubant. Mais ce soir, il a eu son dû. Il ne frappera pas.
      Faratiana sort prendre l’air. Dans la ruelle, la vie de 67ha continue. Les voisins discutent, les enfants jouent dans la merde et la boue, les chiens errants cherchent des déchets. C’est son monde. Elle n’en connaît pas d’autre.
      Soa passe, lui fait un signe de la main. "Bonne journée ?" demande-t-elle. Faratiana hausse les épaules. "Comme d’habitude." Qu’est-ce qu’elle pourrait dire d’autre ?

  • 19 janvier à 15:56 | zanadralambo (#7305)

    Fin.
    22h00. Sur la natte, dans le noir, Faratiana fixe le plafond de tôle. À côté d’elle, sa petite sœur dort, un bras passé autour de son cou. Son petit frère ronfle doucement. Sa mère aussi dort, épuisée par cette vie qui ne mène nulle part.
    Faratiana pense à cette institutrice qu’elle avait en CE2. Madame Hanta. Elle lui disait qu’elle était intelligente, qu’elle pourrait devenir quelqu’un. Elle se demande ce qu’elle dirait si elle la voyait maintenant. Peut-être qu’elle ne dirait rien. Peut-être qu’elle détournerait le regard, comme tout le monde.
    Dehors, papa rentre en trébuchant. Il s’effondre dans un coin de la case. L’odeur d’alcool envahit l’espace. Demain, il aura la gueule de bois. Il criera. Il demandera de l’argent pour boire à nouveau. Et le cycle recommencera.
    Faratiana ferme les yeux. Elle a 16 ans. Dans sa tête, elle refait le calcul. 20 000 ariary minimum par jour. Sept jours par semaine. C’est le prix pour que sa famille survive. C’est le prix pour que son petit frère et sa petite sœur mangent. C’est le prix pour que papa n’explose pas tout.
    Elle est fatiguée. Pas du corps. Le corps, elle a appris à le dissocier, à faire comme s’il n’était pas à elle. Non, c’est l’âme qui est fatiguée. Cette petite flamme qui était là quand elle avait 10 ans et qu’elle rêvait d’apprendre, de devenir, de vivre. Cette flamme qui s’éteint un peu plus chaque jour.
    Faratiana n’est qu’un nom parmi des milliers d’autres. À Antananarivo, à Madagascar, dans le monde. Des gamines qui paient le prix de la pauvreté, de l’indifférence, de l’échec collectif. Elles ont des prénoms différents, des visages différents, mais la même histoire. Celle d’une enfance volée. Celle d’un État absent. Celle d’une société qui préfère regarder ailleurs.
    Demain, Faratiana se réveillera à 5h30. Et tout recommencera.
    Les Faratiana de 67ha existent. Par milliers. Pendant que vous lisez ces lignes, l’une d’elles compte les billets froissés qui vont nourrir sa famille ce soir. Quel État laisse ses enfants se vendre pour survivre ? Quelle société accepte en silence ?

    Ainsi va Mada. Pour nous qui avons la chance de vivre en France, on n’y est pas si mal que ça, avouez...

    Répondre

    • 19 janvier à 16:27 | bekily (#9403) répond à zanadralambo

      C’est le leme deame docua l à NOSY BE

      Des famines prostituées pour faire vivre toute une famille..

      Remarquer :
      Il n’y a pas de prostituées professionnelles d’âge très mur à Nosy Be....comme " au glacier" .à Tananarive...
      Femmes muries , ces gamines se marient et ont un foyer à tenir.
      La prostitution institutionnalisée à NOSY BE est vraiment une RESULTANTE DE LA PAUVRETÉ.

      A Diego et Tamatave , c’est le phénomène de ville portuaire à mœurs légères , comme dans le monde entier....de plus base de militaires français pendant la colonisation.

    • 19 janvier à 16:30 | bekily (#9403) répond à zanadralambo

      Corrigé
      C’est le même drame social l à NOSY BE

      Des GAMINES prostituées pour faire vivre toute une famille..

      Remarquer :
      Il n’y a pas de prostituées professionnelles d’âge très mur à Nosy Be....comme " au glacier" .à Tananarive...
      Arrivée en âge mur,
      ces gamines se marient et ont un foyer à tenir.

      La prostitution institutionnalisée à NOSY BE est vraiment une RESULTANTE DE LA PAUVRETÉ.

      A Diego et à Tamatave ,
      c’est le phénomène de ville portuaire à mœurs légères , comme dans le monde entier....de plus base de militaires français pendant la colonisation.

  • 19 janvier à 17:08 | Stomato (#3476)

    Le 19 janvier à 16:30 | bekily (#9403) répondait à zanadralambo ^

    >> Arrivée en âge mur, ces gamines se marient et ont un foyer à tenir. <<

    Si elles ne meurent pas avant de fausse souche ou autre vacherie !

    >> A Diego et à Tamatave ,
    c’est le phénomène de ville portuaire à mœurs légères , comme dans le monde entier....de plus base de militaires français pendant la colonisation. <<

    Il y a plus de 60 ans que la colonisation de la base française n’est plus.
    Le port et l’ex arsenal de Diego n’étant plus pour entretenir de grands bateaux, c’est inutile de rappeler les temps heureux où des militaires français nourrissaient une partie de la population, et parfois qui épousaient des filles pour assurer leur bonheur, ou pas !

    Que c’est malheureux cet avenir devenu pauvreté actuelle, pour un pays qui avait tout pour réussir.
    Et qui n’a plus grand chose aujourd’hui, même plus de crédibilité tuée par le dernier roitelet.

    Répondre

    • 19 janvier à 18:42 | bekily (#9403) répond à Stomato

      Il y a plus de 60 ans que la colonisation n’est plus....et le NEOCOLONIALISME DEPUIS 1960 ?

      Ainsi
      des us et coutumes s’installent et perdurent au delà...
      aggravés par la pauvreté générée par des gouvernants successifs qui ne méritent pas la qualification d’homme d’état...

      La prostitution régnait à Macao....du temps de l’occupation et perdure à ce jour.
      Même si c’est négatif....cela fait aussi partie de l’évolution d’un peuple .

      Il n’y a pas de Fidel Castro partout qui a su démanteler la réputation de CUBA de BORDEL AMÉRICAIN du temps de Batista.

      Pa la peine de peine de se sentir visé chaque fois en tant que Français !

      Et oui nous avions tout pour réussir si votre FRANCAFRIQUE ne nous a pas tués par la corruption institutionnalisée
      avec la collaboration d’indigenes traitres
      pour les seuls intérêts de la France et de ses collabos.( accord bilatéral de 1960)
      Le peuple n’a hamacs été aussi pauvre

      MERCI FRANCAFRIQUE NEOCOLONIALISTE ER SES VALETS COLLABOS !
      Indigènes traitres et karanas mentalité d’apatride. .

    • 19 janvier à 19:19 | zanadralambo (#7305) répond à Stomato

      Chère Bekily, un peu trop facile de tout mettre sur le dos de la France et des karana, vous ne croyez pas ? Mais ce sont des gasy petaka comme vous et moi, des gasy bien de chez nous, qui ont des ancêtres bien malgaches qui ont foutu ce pays dans la merde, Bekily ! Par orgueil, par fierté, on a botté le Q à la France, on a appelé les Ruskoff de Jipo à la rescousse, voilà où ça nous a menés. Personne ne nous a obligés à nous jeter dans la gueule du loup. Pendant ce temps, les nains à côté, les îles Maurice et La Réunion (pas folles, les guêpes) sont restées ancrées au giron occidental et nous rient au nez.
      Nandresy ho’aho ny tolona e, moa tsy izany va...

    • 19 janvier à 21:14 | bekily (#9403) répond à Stomato

      Bonjour Zanadramlambo

      Non, je ne mets pas tout sur le dos de la France, bien au contraire....
      A la France que j’honore et respecte , celle de Jules Ferry, de Voltaire, de Balzac ou Hugo,
      je suis particulièrement RECONNAISSANTE de m’avoir donné l’amour de la liberté, de l’humanisme, de la justice et l’esprit critique.....

      Je n’identifie jamais Ma France à cette francafrique que je condamne violemment pour toutes ses conséquences par son œuvre mafieuse et malfaisante en Afrique .
      AVEC LA COMPLICITE D’INDIGENES TRAITRES !
      La paupérisation devient galopante...sauf pour les mafieux frzncafricains.

      La francafrique se ramène aux intérêts des quelques MULTINATIONALES FRANCAISES ( BOUYGUES/COLAS , ORANGE, GROUPE BOLLORE, GROUPE MULLIEZ etc qui sont quasiment des donneurs d"ordre aux gouvernements français pour sa politique africaine. ...

      90% des Français ne réalisent pas l’impact de cette francafrique et prennent les attaques contre la francafrique pour des attaques contre la France elle même !
      ( comme Stomato apparemment)

      Alors même que
      TOTAL , qui traficote avec ses filiales étrangères, paie pratiquement pas d’impôt en France ...( s’y déclarant déficitaire malgré ses milliards de plus values à l"etranger)
      A LA BARBE DES BRAVES FRANCAIS !!!!!

      *** la médiatisation propagandesque n’est pas un privilège des pays pauvres sous dictature.
      *** attaquer la politique de Rajoelina n’est pas attaquer Madagascar.

      La FRANCE , par la colonisation, nous a sortis du moyen âge ....mais elle PENSAIT BIEN RESTER EN INVESTISSANT +++
      ( voir les tentatives de retenir la NOUVELLE CALÉDONIE avec proposition D’ÉTAT ASSOCIE comme lors de la décolonisation bidon de 1960...
      pour y établir un NEOCOLONIALISME à la mode francafricaine..

      Les gouvernants français gardent la même logigue sous la pression de son grand patronat...qui a besoin de L’ÉTAIN caledonien.

      Pour sa politique avec les ex colonies, la France devrait abandonner cette politique francafricaine à bout de souffle et décriée
      Et s’inspirer des méthodes britanniques , renforcer les liens culturels et commerciaux dans un esprit de PARTENARIAT SEREIN.

      J’ai toujours DÉNONCÉ les ACCORDS contraignants BILATÉRAUX EXCLUSIFS de 1960...( la francafrique neocolonialiste : " TOUT SERA COMME AVANT MON GENERAL " avait historiquement dit Focard au général De Gaulle inquiet du terme " independance"...
      (NB : qu’après la guerre les Africains réclamaient un statut de DEPARTEMENT D’OUTRE MER , avec Léon M’Ba en tête !)

      mais j’ai toujours préconisé
      LE MULTILATERALISME AVEC TOUS LES ETATS SANS EXCEPTION
      NI PREFERENCE, NI EXCEPTION

      — DENONCER LES ACCORDS DE 1960
      — POUR RENEGOCIER AVEC LA FRANCE
      EN VUE DE
      PARTENARIAT SEREIN ET RESPECTUEUX DES INTERETS DES DEUX PARTIS..

      RENEGOCIER NE SIGNIFIE PAS RUPTURE !!!!!

    • 19 janvier à 22:00 | bekily (#9403) répond à Stomato

      J’ajoute que la pauperisatipn globale ne fait que faire prospérer LES OPPORTUNISTES ,
      OUI BIEN MALGACHES ou karanas ( voir
      le cercle d’influence et de deal passé avec Ravatomanga)

      El le problème est QU’OPPORTUNISME et CORRUPTION étaient le fondement même du gouvernement foza.
      Sous la houlette, vous le savez fort bien, d’une mafia franco- malgache et karana
      Bizarrement la communauté chinoise ( première génération) ne s’y impliquait pas.

  • 19 janvier à 17:52 | Jipo (#4988)

    Salama djiaby.
    Comparer ce qui est comparable est certes moins émouvant ...
    A un stade différent il y a aussi de la misère dans le Pays des droits de l’ homme et de plus en plus, certes pas au stade qui règne dans les favelas de Tananarive, mais il y a aussi des drames qui comme ceux des 67 ha ne sont pas divulgués car au Pays que tout le monde nous envie, des gens mangent une fois par jour quand ils mangent , dorment dans leurs voitures ou sous les ponts , pendant que les étrangers sont logés à l’ hôtel, les délinquants OQTF soignés gratuitement et à qui on offre la sécu, et la complémentaire des leur premier délit et qu’ ils font un séjour en prison, mais il est certain que c’est beaucoup mieux , on s’ y sentirait presque bien comparativement .
    Quant aux séjours dans les résidences protégées, les baptêmes dans les bains douches par qui on sait (raciste !) serait presque mieux qu’ au club Med en plus de gratos ...
    Le paradis pour des Palmade & assimilés en attendant les bains mousses !
    Oui cette misère humaine est déplorable et quand on voit les dirigeants se promener en 4#4 vitres teintées feignant ignorer ce quotidien de leurs compatriotes , question morale ya pas de blême , "fais comme si de rien n’ était" et rentre vite te barricader dans tes propriétés barbelées et sécurisées , et ainsi va la vie au paradis (presque) retrouvé depuis que ces pourritures de colons ont été virés ...
    Vivement une grande tawa pour fêter l’ indépendance enfin récupérée , depuis ça va mieux !
    Et si Lepen passe on quitte la France !!! ( ça risque de faire un sacré vide dont ils ne se remettront assurément pas ?)

    Répondre

    • 19 janvier à 18:44 | bekily (#9403) répond à Jipo

      Oui Jipo
      Misère humaine...

  • 19 janvier à 19:45 | Kelyfadada (#11777)

    La base même de la démocratie est l’élection : Tout citoyen est d’office éligible et électeur. Toute entité qui touche à celà n’a pas de légitimité, que ce soit un parti politique, une congrégation, un syndicat, une association ...
    Beaucoup de malagasy sont cultivateurs ou éleveurs, certains ne sont pas lettrés et ignorent le droit.
    Le retour éclairé à la terre, à l’instar des consignes de l’EMGAM, est fondamental pour notre survie.
    Madagascar pourrait retrouver la voie de l’essor économique, financier et social par un réalisme et un pragmatisme libérés des modèles occidentaux et des doctrines économiques. Par exemple, quand le monde entier s’approvisionne directement en Chine ou en Inde, pourquoi aurions nous besoin d’intemédiaires occidentaux pour l’énergie solaire, les stations de forage, le matériel agricole ou les médicaments ?

    Répondre

    • 19 janvier à 21:41 | bekily (#9403) répond à Kelyfadada

      Notre problème est de nous être aplatis depuis 1960 coincés par la francafrique
      Comme si nous ne pouvions respirer sans renimalala.

      Les Malgacges gênant les intérêts français ont été éliminés par la méthode francafricaine : assassinat.pour Ratsimandrava et putsch pour Ravalomana...
      Beaucoup n’y pensent.même pas !

      Seuls les projets qui ne gênent ni concurrencent pas la France ont été ouverts aux autres pays....

      SANS COOPERATION MULTINATIONALES nous nous penalisons.en restreignant le champ de concurrence, donc du meilleur choix .

  • 19 janvier à 20:28 | râleur (#3702)

    vu sur une tombe :
    "ci-gît Ratsiraka, Ravalomanana, Rajaonarimpainina, Rajoelina, mais les conneries continuent" !

     ?????????

    Répondre

  • 19 janvier à 21:06 | Isambilo (#4541)

    Selon moi, les dernières personnalités politiques malgaches sont Radama et Rabezandrina pour le 19e siècle. Raseta et Ravalomanana pour toute la suite de l’histoire du pays.

    Répondre

    • 19 janvier à 22:55 | bekily (#9403) répond à Isambilo

      Isambilo
      NB ils n’étaient pas sous influence étrangère.

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