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19 janvier à 15:53 | zanadralambo (#7305)

Le grattoir, sur facebook.
24H AVEC FARA
Faratiana, 16 ans : Une journée à 67ha
5h30. Le jour se lève à peine sur 67ha, ce quartier d’Antananarivo où même les rats hésitent à traîner. Faratiana ouvre les yeux. Autour d’elle sur la natte, trois corps endormis : sa mère, son petit frère de 9 ans, sa sœur de 12. Papa n’est pas rentré cette nuit. Tant mieux.
Elle se lève sans bruit. Dans la case de tôle et de planches, il fait déjà chaud. L’odeur de sueur mêlée à celle du canal d’égouts qui coule à vingt mètres. C’est l’odeur de sa vie. Elle ne la sent même plus.
Sur le bras de sa petite sœur, un bleu violet. Avant-hier. Papa était rentré et elle n’avait ramené que 8000 ariary. Pas assez pour sa bouteille de toaka. Alors il a frappé. D’abord maman. Puis les petits. Faratiana avait voulu s’interposer. Elle a pris aussi. Mais moins que les autres. Parce qu’elle, elle est "l’investissement". Celle qui rapporte. On ne casse pas la poule aux œufs d’or.
Elle sort dans la ruelle. Quelques voisines sont déjà debout, préparent le feu pour faire chauffer l’eau. Elles ne la regardent pas. Tout le monde sait. Tout le monde se tait. À 67ha, chacun sa merde. Tant que tu ne voles pas chez le voisin, personne ne dit rien.
7h00. Elle revient à la case. Sa mère est réveillée, assise sur la natte, le regard vide. Faratiana connaît ce regard. C’est celui des jours où il faut "travailler". Sa mère ne dit rien. Elle n’a pas besoin de parler. Le message passe dans le silence : "Aujourd’hui, tu ramènes. Papa va rentrer ce soir."
Son petit frère se réveille, demande s’il y a du riz. Il n’y en a pas. Il y en aura ce soir. Si Faratiana fait ce qu’elle doit faire.
Elle se lave comme elle peut avec un seau d’eau. Elle se peigne. Elle met son plus beau t-shirt, celui qu’elle garde précieusement. Elle se regarde dans le bout de miroir cassé accroché au mur. Elle est jolie. Elle le sait. C’est sa malédiction et son salut.
9h00. Dans la ruelle, elle retrouve Soa et Nadia. Même âge, même histoire. Elles ne parlent pas de ce qu’elles vont faire. Elles parlent de musiques, de séries télévisées qu’elles ont vues chez des clients qui avaient une télé. Elles rient. Des rires d’adolescentes qui voudraient juste être des adolescentes.
"Tu crois qu’un jour on partira d’ici ?" demande Soa.
Faratiana ne répond pas. Elle a arrêté de croire à ça il y a deux ans. Deux ans, c’est le temps qu’il lui a fallu pour comprendre que l’école, c’était fini. Que ses rêves de devenir institutrice, c’était des conneries de gosse. Qu’à 67ha, on ne part pas. On survit.
10h30. Le premier client. Un type du quartier, la quarantaine, qui travaille comme manœuvre quand il trouve. Il a 5000 ariary. Elle négocie. Il monte à 7000. Ça se passe vite, dans une case abandonnée que tout le monde connaît. Il ne la regarde pas dans les yeux. Elle non plus.
Elle n’a pas mangé. Elle a juste bu de l’eau à une borne-fontaine. La faim, elle connaît. C’est une vieille amie. Ça creuse le ventre mais ça passe. Ce qui ne passe pas, c’est le regard de son petit frère ce matin. Ce regard qui disait : "J’ai faim."
11h30. Deuxième client. Un jeune, vingt-cinq ans peut-être, qui travaille dans un atelier de mécanique. Il a 7000 ariary. Elle ne négocie pas. Même tarif, même case abandonnée, même routine mécanique. Elle compte mentalement. 14 000. Ce n’est pas encore assez.

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