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AGOA : un nouveau sursis se dessine pour le textile et des milliers d’emplois

lundi 10 août | Mandimbisoa R. |  1131 visites  | 3 commentaires 

Une bonne nouvelle pour Madagascar et les pays d’Afrique subsaharienne. Le Sénat américain a adopté ce week-end par un vote massif de 90 voix contre 6, le texte H.R. 6500 prolongeant l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028, sans modification des conditions actuelles. Ce régime préférentiel, qui offre un accès en franchise de droits au marché américain pour de nombreux produits des pays d’Afrique subsaharienne, dont ceux de Madagascar, constitue un pilier essentiel de l’économie malgache, particulièrement pour le secteur textile et de l’habillement.

L’AGOA a officiellement expiré le 30 septembre 2025. Face à ce vide juridique, le Congrès américain avait ensuite voté une prolongation temporaire d’un an, portant l’échéance au 31 décembre 2026, avec effet rétroactif. Cette mesure d’attente a permis de maintenir provisoirement les préférences tarifaires, mais elle laissait planer une forte incertitude sur l’avenir du dispositif au-delà de 2026. Le vote du Sénat du 8 août 2026, qui prolonge désormais le régime jusqu’à fin 2028, vient donc renforcer cette perspective de stabilité.

Ce texte avait déjà été adopté par la Chambre des représentants en janvier 2026 (340 voix contre 54). Il confirme le large soutien bipartisan dont bénéficie l’AGOA à Washington. Pour Madagascar, l’enjeu est considérable. Le secteur textile, principal bénéficiaire du dispositif, emploie directement plus de 100 000 travailleurs, majoritairement des femmes, dans les zones franches. En tenant compte des emplois indirects (transport, sous-traitance, services et commerce), ce sont plus de 500 000 personnes qui dépendent de cette activité. Certaines estimations du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) évoquent également autour de 90 000 emplois directement liés aux exportations sous AGOA, tandis que l’ensemble du secteur textile et de l’habillement représentait près de 180 000 emplois en 2025, et jusqu’à plus de 400 000 emplois directs et indirects selon d’autres sources.

Sur le plan économique, l’impact est tout aussi significatif. Les exportations textiles malgaches vers les États-Unis génèrent environ 700 millions de dollars de recettes en devises chaque année. En 2024, les exportations totales de Madagascar vers le marché américain s’élevaient à environ 733 millions de dollars, dont une part importante sous le régime AGOA. Sans ces préférences tarifaires et sans le maintien de la disposition du « Third Country Fabric » (TCF), qui permet d’utiliser des tissus provenant de pays tiers tout en bénéficiant de l’exonération de droits, le pays risquerait de perdre une part substantielle de sa compétitivité face aux producteurs asiatiques. Les industriels malgaches soulignent que la perte de l’AGOA pourrait entraîner la disparition de dizaines de milliers d’emplois directs et un choc social majeur.

Le texte adopté par le Sénat ne modifie pas les conditions actuelles, y compris le TCF, un élément crucial pour Madagascar qui ne dispose pas d’une production locale significative de fils et tissus synthétiques. Cette flexibilité a permis au pays de se positionner comme l’un des principaux fournisseurs africains de vêtements aux États-Unis. L’incertitude des mois précédents, après l’expiration de septembre 2025 et la prolongation d’un an jusqu’à fin 2026, avait déjà entraîné des mises en chômage technique (plusieurs milliers d’emplois) et un ralentissement des commandes.

La prudence reste cependant de mise. La Chambre des représentants, actuellement en congé, doit encore examiner la version du Sénat. La reprise des travaux est attendue début septembre. Ce n’est qu’après l’achèvement du processus législatif que le texte pourra être transmis à la Maison-Blanche pour signature présidentielle. Les acteurs économiques malgaches, notamment le GEFP, ont multiplié les démarches de plaidoyer à Washington ces derniers mois afin de défendre le maintien de ce régime préférentiel.

Pour Madagascar, la prolongation jusqu’en 2028 offre une fenêtre de visibilité relative dans un contexte international marqué par des tensions commerciales et une concurrence accrue. Elle permet de sécuriser des emplois formels, de préserver des recettes en devises essentielles à la balance commerciale et de maintenir l’attractivité du pays pour les investissements dans le textile. Au-delà des chiffres, il s’agit de protéger des centaines de milliers de familles qui dépendent de cette filière. Si le processus aboutit, la Grande Île disposera de deux années supplémentaires pour consolider ses positions et envisager de nouveaux investissements.

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3 commentaires

Vos commentaires

  • 10 août à 14:11 | bekily (#9403)

    C"est.d’ailleurs une erreur stratégique de maintenir+++ le secteur textile vestimentaire.
    Les besoins mondiaux ont évolué +++ depuis le COVID notamment.

    Le LESOTHO.subit actuellement une crise majeure, en ayant particulièrement orienté son industrie en exportation vestimentaire vers les USA ( le textile vestimentaire est en chute constante depuis le covid)

    N’est il pas temps D’ORIENTER notre production
    vers les PRODUITS TEXTILES SPECIFIQUES
    UTILES A LA MÉDECINE ?
    OU A L’ACTIVITE INDUSTRIELLE ?

    ABANDONNER LE TEXTILE VESTIMENTAIRE , de toute façon, personne ne pourra rivaliser avec le géant chinois en.ce domaine !

    Répondre

  • 10 août à 14:30 | Jipo (#4988)

    Salama djiaby.
    Un sursis est accordé et tant mieux, particulièrement à Dago ou 90 % de ses occupants vivent au jour le jour sans jamais penser au lendemain (ce n’ est pas une critique mais un constat)
    Mais de là à fanfaronner et faire des plans / la commette comme le fait notre très représentatif mandimbisou avec des perspectives (totalement prétentieuses & oniriques) "d’ investissements" : quel individu sensé ou doté d’ un minimum de cognitif va se hasarder à "investir" dans un secteur non seulement sous tutelle pour ne pas dire dépendant , avec cette épée de Damoclès sur la tête ou tout peut s’ arrêter du jour au lendemain ???
    Sans parler de la zone franche de l’ île soeur ...

    Répondre

    • 10 août à 16:08 | Vohitra (#7654) répond à Jipo

      Salut Jipo,

      Est-ce que la continuité de la mise en œuvre du projet "Vara Mada" sera mise dans la balance prochainement en contrepartie ?

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