Bienvenue, ami du samedi.
Notre cabinet ausculte aujourd’hui un patient increvable, contagieux depuis des siècles, et qui refuse obstinément toute guérison : la maladie du ary-ianao-isme.
Ary ianao ?
Et toi ?
C’est la réponse classique du Gasy qui n’a pas de réponse. Le Gasy qui n’a pas d’arguments.
Alors sa meilleure défense, c’est l’attaque.
Il renvoie la balle. Et si vous faites la bêtise de vous en saisir, vous tombez dans son piège. D’accusateur, vous devenez l’accusé.
« Pourquoi n’as-tu pas lavé la voiture ? »
« Et toi, pourquoi n’as-tu pas lavé la moto ? »
Si vous tentez de vous justifier sur la moto, alors la voiture dégage de la circulation de la conversation. On oublie le sujet initial. Et le pervers hystérique va en profiter pour accélérer. Après la moto, il va enchaîner sur la moto, le vélo et la brouette, que vous n’avez pas lavé. Ou oublié de réparer. Ou rangé à la mauvaise place. Peu importe, l’essentiel est de vous empêtrer jusqu’au cou. Au moins.
Répliquer « Ary ianao ? » est d’abord un signe d’arrogance. Celle de ceux qui ne supportent pas d’être pris en faute, et qui recherchent une échappatoire pour ne pas avoir à s’expliquer. Ou encore pire, à s’excuser.
Mais ce comportement est surtout le signe de l’immaturité. Celle de ceux qui n’ont pas la capacité mentale ou morale d’admettre leurs torts. La maladie de ceux qui veulent toujours avoir le dernier mot. Celle de ceux qui ont une incapacité chronique à se remettre en question. Ary ianao devient alors la formule magique du miala-pà.
À coups d’échanges de ary ianao, on s’interdit d’assumer. On s’encourage à fuir les responsabilités. En lieu et place, on renforce l’arrogance qui sert de paravent à l’immaturité.
Les ary-ianao-istes remplissent les écoles, les foyers, les Églises, les entreprises, les ministères, les bas-quartiers et les clubs de service. La Bible a même théologisé la pathologie : « pourquoi regardes-tu la paille dans l’œil de ton voisin, et ne regardes-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? ».
Du colllègue au citoyen, du sefo fokontany au voisin, du député au paysan, du ministre au chauffeur de taxi : à la fin de la journée, c’est tout le pays qui trempe sa cervelle dans la boue.
Car les ary-ianao-istes pullulent également dans le monde de la politique.
Pourquoi as-tu fait un coup d’État ? Ary ianao, pourquoi as-tu fait des exonérations fiscales au bénéfice de tes entreprises ?
Pourquoi as-tu détourné des fonds ? Ary ianao, pourquoi as-tu détourné des voitures ?
Pourquoi vends-tu le pays aux intérêts français ? Ary ianao, pourquoi te prostitues-tu pour des troubles ?
Pourquoi distribues-tu des malettes aux politiciens ? Ary ianao, pourquoi élèves-tu des troupeaux de kaonty fako ?
Et tutti quanti.
Ary ianao, avez-vous cette maladie mentale ?
Consultation terminée. Ordonnance délivrée gratuitement.
Ainsi parle le folisophe du ça me dit. Qui vous dit à samedi prochain.
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Vos commentaires
Bonjour à tous,
Mais ce comportement est surtout le signe de l’immaturité. Celle de ceux qui n’ont pas la capacité mentale ou morale d’admettre leurs torts. La maladie de ceux qui veulent toujours avoir le dernier mot. Celle de ceux qui ont une incapacité chronique à se remettre en question. Ary ianao devient alors la formule magique du miala-pà.Merci au folisophe pour exprimer cette réalité très gasygasy du
Ary-ianao-isme, une maladie transformée en une tranche d’ humour grinçant, mais criant de vérité sur certaines tares de la mentalité collective malgache.Cordialement
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Essayons de déblayer le terrain de la pratique dans la vie du Malagasy du moment...
J’ai faim... Et toi ?
Ça me gêne cette situation... Et toi ?
J’en ai marre... Et toi ?
Des invitations sur fond de consultation, une courtoisie teintée de respect. Ce ne sont pas des dialogues mais des avis émis.
Celui-là, il ne rate jamais une occasion pour mentir... Et toi ?
Cette personne n’a jamais tenu parole depuis que je l’ai connu... Et toi ?
Celui-là, il avait profité de sa position pour s’enrichir au dépens de l’Etat... Et toi ?
Un dialogue teinté d’agressivité pour se disculper, un échange houleux de point de vue, une démarche ponctuée de défiance manifeste.
Nous rappelant de fait le comportement d’un personnage honni : "je ne serai pas pire que lui..." avait-il vociferé autrefois.
En somme, projetée dans le contexte politique Malagasy, c’est l’attitude du vrai et odieux "tsy maty manota", animée par une tentative avérée d’uniformisation et de banalisation des méfaits, une initiative néfaste de normalisation de pratique destructrice.
Mais il ne faut pas perdre de vue que cette attitude et posture N’ONT AUCUN lien ni d’essence provenant de l’éducation ancestrale ou encore issue de la sagesse coutumière strictement Malagasy, et ne font JAMAIS partie de la tradition culturelle "nentindrazana".
Bref, il est de bon ton de ne pas confondre "hypocrisie" et "courtoisie"...
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Bonjour Vohitra,
Bref, il est de bon ton de ne pas confondre "hypocrisie" et "courtoisie"...Très exact Vohitra.
Merci de rappeler en ce qui concerne les relations humaines en général, afin d’ éviter en particulier, une généralisation néfaste sur la perception de la mentalité collective sur les malagasy,
– des avis pour une urbanité de bon ton, ou
– des dialogues au ton agressif disculpant et hypocrite, pour celui qui répond en manque d’ argumentaire.
Cordialement
Re-,
Et quand le ton devient agressif, les escalades verbales apparaissent et montrent l’ immaturité et l’ irresponsabilité de ceux qui initient les attaques ad hominem.
Correction :
"bon aloi" au lieu de "bon ton"
Quand on cherche à fuir la responsabilité ça devient l’irresponsabilté en accusant son prochain d’être à l’origine de tous les maux pour se disculper .A côté, l’absence d’honnnêteté dans les actes au quotidien nous démontre l’action digne des pervers narcissiques .
Les carences de responsabilité en matière éducative , civisme ainsi que ,l’inculcation des règles et de valeurs communes sont des tares nous démontrant le retard dans la mentalité pour progresser ensemble au niveau disciplinaire. Dès qu’on sort de chez soi , rien n’appartient plus à personne .La preuve ?
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