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vendredi 3 avril 2026
Antananarivo | 12h43
 

Editorial

Le titre ne fait pas le moine, les discours non plus

vendredi 3 avril | Ikala Paingotra |  380 visites  | 1 commentaire 

On a entendu un chef d’État se poser en garant de l’unité nationale. Cela ne l’a pas empêché de pousser à la mise en place de barrages fédéralistes et d’actes tribalistes lorsque son pouvoir a été menacé en 1991 et 2002.

On a entendu un Chef d’État faire de la bonne gouvernance un de ses chevaux de bataille officiels. Cela ne l’a pas empêché d’accorder des exonérations fiscales à son groupe industriel, et esquiver le paiement d’impôts.

On a entendu un Chef d’État se poser en sauveur de la démocratie en inaugurant une place éponyme en 2009. Cela ne l’a pas empêché de faire de la fraude électorale, de la répression de manifestations pacifiques, et de l’emprisonnement d’innocents une marque de fabrique. C’est sous son mandat que des gens ont été arrêtés pour des histoires de pouce renversé ou de port de t-shirts.

On a entendu un ministre de la Justice prétendre vouloir être un champion de la lutte contre la corruption. Cela ne l’a pas empêché d’être enregistré à son insu en train de tremper dans une histoire de racket d’un justiciable et d’être limogé.

On a entendu un ministre de la Communication affirmer qu’il ne lui appartenait pas de charger ou de blanchir une personnalité dans un dossier judiciaire, alors que quelques jours plus tôt, il s’était exprimé « en tant que porte-parole du Gouvernement » pour exiger l’arrêt des attaques contre une condamnée à sept ans de travaux forcés, mais qui s’était retrouvée étrangement libre.

On a vu un député être régulièrement élu dans sa circonscription avant son décès, ce qui semble a priori attester son honorabilité aux yeux de la population dans sa zone, alors qu’il avait été attrapé la main dans le sac (façon de parler) dans une histoire de pédophilie en demandant à un responsable local de l’éducation nationale de lui fournir des jeunes filles pour assouvir ses bas instincts.

On a vu un « PDG » à la réputation sulfureuse se pavaner dans des talk-shows télévisés en défiant ses détracteurs de sortir les preuves, et être défendu par ses amis face à des « calomnies injustes ». Il a juste fallu que la Justice mauricienne s’intéresse à son cas pour que la démonstration de ses pratiques mafieuses soit révélées au grand jour.

On a vu un magistrat faire la grande gueule donneuse de leçons sur les valeurs républicaines et les principes de bonne gouvernance, mais ne pas se gêner pour faire emprisonner un innocent qui l’avait vexée pour des raisons pourtant justifiées, en produisant un certificat médical « magique » et en utilisant ses réseaux.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini pour illustrer le grand écart entre paroles et actes de nos "élites" du haut en bas de l’échelle du pouvoir. Cela alourdirait inutilement la longueur de l’article, mais ne changerait pas la conclusion : se prévaloir d’un titre liée à une fonction ne garantit ni l’honorabilité, ni la probité, ni la parole digne de confiance.

Si on sait depuis longtemps que l’habit ne fait pas le moine, les politiciens malgaches nous ont appris que le titre ne fait pas nécessairement la dignité ou l’honorabilité d’un personne, et les discours ne reflètent pas toujours dans les faits le prétendu patriotisme ou l’intégrité clamée. Les dirigeants actuels doivent donc savoir qu’à l’heure des réseaux sociaux, la légitimité s’acquiert et se perd à grande vitesse. Rappelons que malgré tous les leviers entre ses mains, Rajoelina a dû s’enfuir en exil en moins d’un mois.

Se maintenir au pouvoir nécessite donc bien plus que des discours, du werawera, des déclarations paranoïaques de prétendu complots, l’élevage de troupeaux de comptes fake pour chanter ses louanges, ou encore l’affichage d’une religiosité pour servir de vitrine. Depuis des décennies, on a vu tout cela et cela n’impressionne plus personne. De Ratsiraka à Rajoelina en passant par Ravalomanana, la fin politique des pseudo-Messie a démontré la même chose : la déception est toujours au rendez-vous. À charge pour le colonel Randrianirina et son entourage de démontrer que le contraire est possible. Mais après un départ enthousiasmant en octobre, il semble qu’on s’achemine de plus en plus vers un effritement de sa popularité.

Il reste toutefois une façon pour l’actuel chef de l’État de remonter la pente de façon spectaculaire : annoncer officiellement qu’il ne se présentera pas à la présidentielle, et qu’il va se concentrer pour mener la transition à bien. Mais Rajoelina avait déjà fait cet engagement publiquement à trois reprises en l’espace de quelques mois en 2013, avant de la renier et présenter sa candidature après les délais prescrits. Pour paraphraser Jacques Chirac, qu’il s’agisse de promesses ou de velirano, celles-ci n’engagent que ceux qui y croient. Et comme disait James Freeman Clarke, "La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération." Mais le colonel Randrianirina a-t-il l’envie et surtout la capacité d’être un homme d’État ?

1 commentaire

Vos commentaires

  • 3 avril à 12:00 | Vohitra (#7654)

    Quel est le dénominateur commun entre les cas cités ?

    L’enrichissement illicite !

    Pour s’enrichir au plus vite au détriment de la Nation !

    Et quel est l’outil à l’usage pour atteindre ses funestes desseins ?

    La corruption des systèmes judiciaire et sécuritaire.

    C’est pourquoi on refuse toujours la mise à la connaissance du public des déclarations de patrimoine effectuées !

    Car c’est dangereux d’étaler au grand jour les richesses accumulées en un rien de temps...

    Répondre

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